Quelle approche privilégier : produire de nombreux articles et garantir une information exhaustive aux lecteurs et lectrices sur un maximum de sujets, ou réduire la production pour consacrer davantage de moyens au service de la qualité éditoriale ? Si vous nous connaissez un peu, la réponse est dans la question. Quelques idées de formats pour raconter une histoire autour de vos histoires en utilisant vos atouts journalistiques et éditoriaux.
Créer des rendez-vous
Pour engager ses publics autour d’une thématique éditoriale, rien de tel que proposer des formats « rendez-vous ». C’est également un bon moyen d’offrir de la visibilité à des sujets importants en leur permettant d’occuper une place en dehors du flux d’actualité classique. Des recommandations personnalisées, des bons plans, et d’autres contenus utiles peuvent en faire des moments attendus par les lecteur·ices. C’est la stratégie employée par le groupe Nice-Matin pour ses six newsletters hyperlocales. Ici, l’actualité fait l’objet d’un court résumé de trois entrées en début de newsletter ; le reste est centré sur l’information servicielle, comme l’agenda de la semaine et les bons plans. L’ambition ? Encourager les inscrit·es à ces newsletters gratuites à souscrire un abonnement numérique ou papier au journal.

Pour aller plus loin : lire notre entretien avec Olivier Marino, directeur adjoint des rédactions et responsable de la stratégie éditoriale du groupe de presse régional Nice-Matin.
Feuilletonner l’actualité
Lorsque l’actualité se prolonge pendant plusieurs jours, on a tôt fait de la définir comme un feuilleton médiatique. Si tel est le cas, pourquoi ne pas appréhender certains sujets comme des séries ? En investissant dans l’architecture de ses contenus, l’actualité peut être abordée sur un temps plus long. C’est la stratégie du média en ligne Les Jours qui feuilletonne sa couverture de l’actualité à travers un format de séries éditoriales sur des sujets précis. Avec ses « obsessions », Les Jours permet ainsi à son lectorat de suivre plus facilement l’information… et de rendre celle-ci plus accrocheuse. Cette approche transforme les faits bruts en une expérience immersive, fidélisant ainsi le lectorat.

Pour aller plus loin : en plus de faire de très bons bouquins, les récits de non-fiction permettent de bousculer les codes de l’édition. De quoi donner de bonnes idées de diversification. D’ailleurs, plusieurs enquêtes des Jours ont justement été adaptées en livres dans le cadre d’un partenariat avec les éditions du Seuil.
Faire de sa communauté un sujet
À l’été 2023, l’équipe du site de critique média Arrêt sur images est partie en tournée dans la France entière dans le but de dialoguer avec son public sur son rapport aux médias. Baptisé « L’été des asinautes », l’initiative a cherché à se rapprocher des abonné·es en se rendant directement chez elles et eux. À chaque étape, Louison Gasnier, journaliste reporter d’images chez Arrêt sur images est allée réaliser une interview vidéo d’une personne sélectionnée en amont via un court questionnaire en ligne. Si les sessions questions / réponses sont toujours efficaces pour échanger avec ses abonné·es, aller directement à leur rencontre permet de pousser le curseur plus loin et de créer une expérience réellement personnalisée, où le rapport de force entre le public et la rédaction est davantage équilibré. Pour une fois, il revient au public de choisir le sujet qu’il souhaite que le média aborde. C’est également un bon moyen pour les journalistes de se présenter au public et d’incarner le média.

Pour aller plus loin : intégrer pleinement le public au processus éditorial a longtemps été vu comme une incongruité par les journalistes. Mais quand les médias HugoDécrypte, WTFake et Tortoise font une place au public dans leur rédaction, cela permet la création de formats éditoriaux passionnants.
Valoriser ses archives
La vie d’un sujet ne doit pas nécessairement s’arrêter une fois l’article publié. Pour promouvoir ses archives, le Pew Research Center a mis en place un système de mini-cours par e-mail. Envie d’en savoir plus sur le système de sondages aux États-Unis ? De creuser le dernier recensement de la population américaine ? Il est possible de s’inscrire gratuitement pour recevoir cinq leçons tirées d’articles publiés dans le passé sur le site, directement dans votre boîte mail. Un bon moyen de rendre le contenu plus accessible à votre audience tout en lui donnant envie d’atteindre un objectif. Étant donné que ces newsletters ont une fin, elles n’encombrent pas durablement la boîte de réception de vos lecteur·ices tout et réduisent le risque de fatigue informationnelle.

Pour aller plus loin : des médias comme La Disparition, Rembobine ou Retronews proposent d’analyser l’actualité par le prisme du passé à travers les archives, des reportages et des retours en arrière. Par ici pour faire le plein d’inspiration.
Questionner ses priorités
Lorsque la guerre en Ukraine a débuté, Le Figaro a décidé de renforcer son service Infographie en recrutant un second cartographe. Leur stratégie d’alors ? Actualiser une carte trois fois par jour, sept jours sur sept, afin de montrer l’avancée des troupes russes en direct. Au bout de trois mois de conflit, le service a choisi de stopper ce direct afin de privilégier des cartes montrant des mouvements de troupes sur des localités précises, ainsi que des grands formats récapitulant la chronologie d’événements marquants dans ce conflit. Et ces formats attirent le lectorat : le journal constate que chaque article contenant le mot clé « cartographie » est un succès d’audience.

Pour aller plus loin : quels formats et quelle approche privilégier pour couvrir l’actualité en temps de guerre ? Pédagogie, coulisses, data visualisation… notre tour d’horizon des bonnes pratiques.
Expliquer les processus éditoriaux
Comment ce reportage a-t-il été réalisé ? Pourquoi cette source a-t-elle été anonymisée ? Quels sont les derniers changements dans la politique éditoriale du journal ? En Norvège, le journal Verdens Gang, du groupe Schibsted, a mis en place un portail de transparence : une rubrique au sein de laquelle sont expliquées les réflexions internes liées aux différents sujets traités par le journal. Cette page comprend une Foire aux questions, un blog spécifique aux articles, un registre de plaintes relatives au code éthique de la presse norvégienne et une liste des différents communiqués de presse de Verdens Gang. Sur ce portail, le journal explique toutes les décisions qui ont été prises, même pour les articles de moindre importance. L’initiative a reçu des réactions très positives de la part du lectorat. Au-delà de l’engagement marketing, ce type d’initiative permet également de renforcer la relation de confiance entre média et lectorat.

Pour aller plus loin : comment faire de la transparence un atout dans son modèle économique ? Valentin Levetti, cofondateur des chaînes YouTube et Twitch Stupid Economics répond à nos questions dans cet épisode de notre podcast Chemins.
Structurer les contenus
En classant et en hiérarchisant davantage, The Economist propose une architecture plus fine de ses contenus, permettant à son audience de suivre l’actualité par le biais de pages thématiques éditorialisées. Pour sa couverture de la guerre en Ukraine, le média propose ainsi de réunir sur une seule et même page l’ensemble de ses contenus, via une lecture chronologique ou des prismes thématiques : les opérations militaires, la vie quotidienne en Ukraine, les conséquences économiques du conflit, les contenus vidéos…

Pour aller plus loin : encore plus d’exemples de médias qui parviennent à structurer leurs contenus sur des sujets de fond pour les intégrer dans le temps long sur Hypernews, le blog de réflexion sur l’information numérique du consultant Maxime Loisel.
Contextualiser l’information
Définitions, parties prenantes, chiffres clés, cartes et chronologies : en situant l’information et en proposant des ressources utilisables à tout moment, lecteurs et lectrices ne sont jamais perdu·es. Un encadré résumant les informations essentielles en début d’article est aussi un bon moyen d’informer un lectorat qui n’a pas toujours le temps de lire un papier dans son intégralité. En Suède, le quotidien d’information Aftonbladet utilise l’intelligence artificielle pour créer de petits résumés pour ses longs articles. Le journal relève que le public passe plus de temps sur les articles qui ont un résumé que ceux qui n’en ont pas. Et ces résumés sont particulièrement populaires auprès du jeune public du titre.

Pour aller plus loin : la démocratisation de l’intelligence artificielle, à travers l’usage d’outils comme ChatGPT, a poussé la presse à réagir. Comment s’approprier cette nouvelle panoplie d’outils, sans nuire à la qualité de l’information ? Formats, approches, débats, outils : tour d’horizon des usages.
Utiliser la recommandation
Sur Instagram, le média italien Will, spécialiste des questions écologiques et sociales, s’est doté d’un canal de diffusion au sein duquel plusieurs journalistes partagent deux fois par semaine leurs recommandations culturelles. Celles-ci correspondent aux travaux à partir desquels les journalistes se documentent dans le cadre de leurs différents travaux : des documentaires, des livres, des films… Le canal compte aujourd’hui plus de 31 000 membres — Will compte 1,6 million d’abonné·es sur Instagram — et présente ce format comme un bonus pour les personnes qui souhaitent approfondir un sujet abordé par le média. Un bon moyen également de se rapprocher de son audience.

Pour aller plus loin : qu’elles fassent l’objet d’un post sur Instagram ou qu’elles forment la proposition de valeur de votre média, les recommandations peuvent vous permettre de fidéliser des publics avec lesquels vous partagez une même sensibilité et d’en acquérir de nouveaux via les réseaux sociaux. Quelques exemples.



