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Gel des aides à la presse : le point sur les dispositifs suspendus en 2025

Une partie des aides publiques à la presse est à l’arrêt : le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) est gelé. La Bourse pour les entreprises de presse émergentes ne sera pas instruite avant 2026. Des décisions passées sous les radars, mais dont les effets se font déjà sentir.

Les médias devront patienter, voire improviser. Depuis le 20 juin 2025, le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) est gelé, et l’aide aux incubateurs de presse suspendue, faute de crédits disponibles. Il reste possible de déposer un dossier pour la bourse à l’émergence, même s’ils ne seront examinés qu’en 2026, sous réserve de financements votés. Ces décisions passées relativement inaperçues et annoncées à la dernière minute, fragilisent encore l’écosystème déjà précaire de la presse indépendante.

Un coup d’arrêt brutal

Dans une note publiée sur la page du FSDP le 11 juin, le ministère de la Culture confirmait ce que Contexte révélait dès le mois de mars : plus aucun dépôt de dossier ne sera accepté à compter du 20 juin. Selon le ministère de la Culture, les crédits sont épuisés. Certains projets déposés en début d’année pourraient bénéficier d’un report « de l’ordre de quelques millions d’euros », mais sans aucune garantie. Les autres devront attendre la loi de finances pour 2026.

 « L’administration n’a communiqué qu’au dernier moment. C’est très brutal, avec très peu de temps pour s’organiser », déplore Augustin Naepels, directeur général des Jours et vice-président du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), qui indique s’exprimer ici à titre personnel.

Le ministère de la Culture, contacté par Médianes, confirme que le gel est dû à deux facteurs :

  • Une partie des crédits du FSDP a été mise en réserve de précaution, outil budgétaire habituel appliqué chaque année, « afin de faire face aux aléas survenant en cours de gestion ».
  • Un nombre de demandes très élevé : 86 dossiers déposés entre janvier et juin 2025, pour plus de 16 millions d’euros de subventions demandées, alors que seulement 9,5 millions d’euros étaient disponibles au début de l’année.

« À date, plus de 70 dossiers sont ou s’apprêtent à être soutenus en 2025 par le FSDP », précise le ministère, et un dernier comité est prévu en ce début juillet. Une réouverture des dépôts pourrait avoir lieu d’ici fin 2025, si une partie des crédits gelés venait à être débloquée.

Pour l’ensemble du financement Presse et médias du projet de loi de finances, entré en vigueur le 14 février 2025, il était prévu une stabilisation du budget, avec 369 millions d’euros de crédits de paiement en 2025.

En bref pour le FSDP

Si vous avez déposé avant le 20 juin 2025
Votre demande sera traitée si des crédits sont débloqués au second semestre, sinon en 2026.

Si vous comptiez déposer après le 20 juin
Impossible, sauf réouverture fin 2025 ou début 2026. Cela dépendra entièrement de la prochaine loi de finances.

Toujours d’après les informations de Contexte, le ministère de la Culture envisagerait d’utiliser une partie des crédits du FSDP pour mettre en œuvre les recommandations du rapport Soriano sur la distribution de la presse. « D’expérience, le FSDP est souvent la variable d’ajustement, regrette Augustin Naepels. C’est pourtant l’une des aides les plus vertueuses, car elle est neutre en termes de support [papier vs. numérique] et finance l’innovation. »

En bref pour la bourse à l’émergence

Dossiers déjà déposés
400 000 € ont été attribués en 2025. Les autres attendront 2026.

Nouveaux dépôts
Ils sont possibles, mais leur traitement dépendra de futurs arbitrages budgétaires.

Une situation qui se clarifie

Le ministère de la Culture précise à Médianes que :

  • L’appel à projets lié aux incubateurs de presse est suspendu, en raison de l’épuisement des crédits.
  • L’appel à projets Bourse d’émergence, lui, reste ouvert, mais les dossiers déposés en 2025 ne seront examinés qu’en 2026. 
  • 400 000 euros ont été attribués à des médias émergents au premier semestre 2025.
  • L’appel à projets Recherche et développement est quant à lui reporté à janvier/février 2026, sous réserve de crédits mis à disposition.

Ces dispositifs constituent pourtant un levier essentiel pour permettre à des structures souvent fragiles de se développer. Ils offrent une plus grande souplesse pour réaliser les investissements nécessaires à l’équilibre économique, en développant formats, outils et modèles. 

Ce que prévoyait le budget 2025 pour l’innovation dans la presse

Chaque année, les crédits alloués aux aides à la presse sont votés dans le cadre de la loi de finances. Deux notions permettent de décrypter ces montants :

  • AE (Autorisations d’engagement) : c’est le montant maximal que l’État s’engage à financer. Il peut être dépensé sur plusieurs années. Donc une subvention de 50 000 euros promise en 2024 peut être versée en partie en 2025.
  • CP (Crédits de paiement) : c’est l’argent réellement disponible pour être versé dans l’année. Autrement dit, ce sont les montants effectivement versés aux bénéficiaires.

En 2023, le budget global des aides à la presse s’élevait à 197,5 millions d’euros en AE et 196,5 millions d’euros en CP. En 2024, on notait déjà une légère baisse à 195,8 millions d’euros en CP.

Pour 2025, une légère baisse sur le programme des aides à la presse était également prévue, avec 194,8 millions d’euros en AE, et 193,8 millions d’euros en CP.

Dans le détail, le budget du FSDP était annoncé comme stable pour 2025, avec 16,3 millions d’euros. En 2024, son budget initial était identique sur le plan des crédits de paiement.

Un problème structurel

Cette situation souligne surtout la fragilité structurelle des aides à la presse, notamment pour les acteurs indépendants. Les dispositifs sont techniques et les calendriers opaques. Surtout, ils dépendent de l’agenda politique et budgétaire. « Certains médias vont devoir avancer des frais ou décaler des projets. Il n’y a aucune visibilité pour 2026, souligne Augustin Naepels. L’environnement est de plus en plus imprévisible. Depuis la dissolution, l’État navigue à vue. Il faudrait réformer en profondeur ces aides pour les rendre plus transparentes, plus équitables, et surtout plus prévisibles. »

Le Spiil, à l’origine d’un courrier intersyndical déplorant la baisse des crédits du FSDP, alerte régulièrement sur ce manque de prévisibilité. D’autres structures comme le Fonds pour une presse libre ou la coopérative Coop-médias tentent de proposer des alternatives avec des fonds mutualisés hors du giron étatique, mais les montants restent modestes à l’échelle des besoins.

Et maintenant ?

À la veille des discussions budgétaires de rentrée, le sujet pourrait revenir sur la table… si les médias s’organisent pour faire entendre leur voix. D’ici là, le pluralisme, l’innovation, et avec eux, la survie de plusieurs organes de presse indépendants sont en sursis. « Il faut être lucide : les budgets publics ne vont pas réaugmenter. Il ne faut pas se faire d’idées là-dessus. On doit apprendre à réduire notre dépendance à ces aides autant que possible », avertit Augustin Naepels.

Ce gel s’inscrit dans un contexte plus large de recul des aides à la presse, observé notamment aux États-Unis, mais aussi d’affaiblissement de la consommation des ménages, et donc des modèles économiques des médias. Face à ces incertitudes, les risques sont clairs : fermeture, ralentissement, ou repli vers des modèles plus dépendants. Il y a une double nécessité : sanctuariser les aides publiques ; mais aussi, dans le même temps, encourager les médias à diversifier leurs ressources et à limiter leur dépendance à des financements étatiques structurellement instables.

💡
Et chez Médianes ?
Médianes est concernée de façon directe et indirecte par le gel de ces aides. Le Programme Médianes est co-financé par la subvention dédiée aux incubateurs presse et médias jusqu’à la fin de l’année 2025, et ne dispose pas de garantie pour un financement en 2026. Les newsletters de Médianes ont également bénéficié de la Bourse à l’émergence. S’agissant du FSDP et de la Bourse à l’Émergence, de nombreux médias utilisent une partie de ces financements pour prendre en charge leur accompagnement par notre studio, sur des sujets liés au design, au web et au marketing.