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Faut-il, encore, créer de nouveaux médias ?

Créer un média, oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas au coût de la précarité, de l’épuisement, d’un projet sans fondations. Parce qu’avant d’être un projet éditorial, un média est un projet entrepreneurial.

C’est une question qui revient souvent dans nos échanges avec des porteuses et des porteurs de projet, et qu’on nous a posée lors du Festival des médias indépendants de Ground Control : faut-il encore créer de nouveaux médias ? Derrière elle, d’autres se cachent : y a-t-il encore un besoin réel ? Une nécessité démocratique ? Et si oui, comment, et à quel prix ? 

Grâce à la baisse des barrières à l’entrée tech sur le web et l’évolution des usages, de nouvelles initiatives continuent d’émerger, malgré un contexte de saturation informationnelle, d’une situation économique et politique instable, et de la montée de l’emprise des GAFAM dans le lien avec les lecteur·ices. Mais, face à une concentration médiatique sans précédent, qui menace directement le pluralisme de la presse, émerger de façon isolée ne suffit plus. Il faut continuer à créer, autrement, pour s’inscrire dans la durée. Voici pourquoi, et surtout, comment.

Sixtine Yung, lors d’un CosyLab organisé au Festival des Médias Indépendants, au Ground Control. Crédits : Le CosyLab

Une nécessité de continuer à faire émerger de nouvelles voix 

Il y a dix ans, des médias comme Vert, Le Cri, Disclose, Histoires Crépues, Kometa, Blast, Le Grand Continent, Climax, Pays, mūsae, La Déferlante, Les Jours, Mediacités, HugoDécrypte, Louie Media et bien d’autres n’existaient pas encore, ou à peine. Autant de projets nés d’un manque précis dans l’espace médiatique, d’un point de vue éditorial ou économique : l’investigation en accès libre, l’information locale sur les métropoles, l’histoire coloniale rendue accessible, l’écologie avec humour et pédagogie, la santé mentale déstigmatisée, l’actualité au prisme des féminismes… Parmi eux, plusieurs que Médianes a contribué à faire émerger depuis 2020.

Ce manque, aux facettes multiples, n’a pas disparu. Des territoires sans couverture, des communautés sans représentation, des sujets traités en surface ou sous un prisme unique. Il manque aussi des formats adaptés, des modèles économiques viables, des organisations saines, capables de tenir dans la durée. De nouveaux besoins émergent en permanence, et en être au plus près est souvent le point de départ des projets qui durent. Permettre à ces voix d’exister en tant que média reste, aujourd’hui encore, un enjeu démocratique majeur. Car exister par un média, c’est exister dans l’espace public : se sentir représenté, entendu, concerné. C’est pour cela qu’il faut continuer à en créer.

Un contexte qui ne peut pas être ignoré 

Pour autant, se lancer les yeux fermés serait une erreur. Le contexte est exigeant, et il faut le regarder en face. 

On n’a jamais eu autant d’accès à l’information, et pourtant, près de la moitié des Français·es se disent touché·es par la fatigue informationnelle. Aussi, 61% ne font pas confiance aux médias sur les grands sujets d’actualités. Les médias ne sont plus seulement en concurrence entre eux, mais avec l’ensemble des contenus numériques : réseaux sociaux, messages privés, séries, vidéos courtes, jeux qui sollicitent la même ressource, rare et disputée : l’attention.

Créer un nouveau média, c’est aussi se demander pourquoi des personnes devraient nous consacrer du temps, de l’attention, parfois de l’argent. Soyons honnêtes : au départ, votre projet n’est indispensable pour personne. C’est en identifiant finement son public, et en construisant une relation avec lui, qu’il peut le devenir.

Le contexte économique et politique ajoute une couche de complexité supplémentaire, et pas des moindres : le gel des aides à la presse, un modèle de financement fragile (11% des Français·es payent pour de l’information en ligne), une pression et une invisibilité grandissante des plateformes. Sans oublier une concentration médiatique qui s’accélère, portée en partie par des forces anti-démocratiques. C’est précisément pour cela que la nécessité de faire émerger de nouvelles voix, indépendantes et engagées, est plus forte que jamais.

Tout ceci n’est pas pour décourager, mais plutôt pour savoir dans quoi on met les pieds. 

Créer, renforcer : à chacun·e sa réponse

Maintenant qu’on a pris en considération le contexte, deux questions s’imposent avant de se lancer (parmi de nombreuses autres).

La première : est-ce que créer un nouveau titre est vraiment la bonne réponse ? Rejoindre un média existant, nouer une alliance, renforcer un projet déjà lancé : ce sont des options tout aussi légitimes, parfois plus efficaces, voire plus adaptées à vos envies.

La seconde : suis-je prêt·e à endosser les responsabilités d’un projet entrepreneurial ? Créer un média, ce n’est pas que créer un projet éditorial. C’est aussi monter une structure, gérer des finances, des ressources humaines, une stratégie de diffusion. Lucratif ou non, un média est un projet entrepreneurial à part entière. La question n’est pas de tout maîtriser dès le départ, mais d’être prêt·e à endosser ces responsabilités, et savoir bien s’entourer. Parce que lancer un projet, c’est souvent faire face à une forme de solitude, celle de l’entrepreneur·euse (qui existe même entouré·e d’associé·es). Structurer autour de soi un écosystème est donc essentiel : d’expert·es, d’autres porteur·euses de projet, d’autres dirigeant·es de médias, c’est à la fois rendre son projet réel et se donner les moyens de le construire solidement.

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Il n’y a pas qu’un seul chemin ! Abonnement ou don, vidéo ou papier, équipe de deux ou rédaction de vingt : il n’existe pas de modèle universel. C’est ce que racontent les fondateur·ices et dirigeant·es invité·es dans Chemins, le podcast de Médianes. Écouter Chemins

Il ne faut pas créer plus, mais créer mieux 

Créer mieux, c’est poser des bases viables dès le départ. Trop de projets se lancent en reproduisant les mêmes erreurs : une dépendance trop forte à une seule source de revenus, une organisation qui repose sur une seule personne, une volonté d’aller trop vite, ou des conditions de travail qui ne permettent pas de tenir dans la durée.  

Construire un média indépendant et résilient, c’est poser dès le départ des bases saines, à la fois éditoriales (bien sûr) mais aussi administratives, managériales et financières. Ces enjeux, trop souvent relégués au second plan, vont pourtant déterminer la capacité d’un projet à tenir dans le temps. C’est aussi accepter qu’on ne peut pas tout faire seul·e. Pour durer et peser, mutualiser est devenu un enjeu central : aller plus vite ensemble, éviter les erreurs déjà commises, mettre en commun des ressources et construire collectivement ce qu’on ne pourrait pas tenir individuellement.

Chez Médianes, nous avons structuré notre approche autour de cinq grandes questions : quel problème votre média résout-il, et pour qui ? Quelles bases poser dès le départ, éditoriales, organisationnelles, financières ? Comment construire une proposition de valeur qui se distingue vraiment ? Quel modèle économique permet de tenir dans la durée sans tout miser sur une seule source de revenus ? Et comment préparer un lancement qui ne laisse pas le projet seul face à son public ? Autant de questions qui permettent de construire un média utile à son public, et viable pour celles et ceux qui le font.

👀 Vous souhaitez créer un média ? Médianes partage sa méthode et ses ressources en accès libre, déclinées dans le livre Créer un média et, depuis février 2025, dans une formation dédiée.

Une méthode entrepreneuriale conçue pour ne pas avancer seul·e, et construire votre chemin, que vous soyez en train de structurer votre projet, de le lancer, ou de le faire grandir.

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