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Nos recommandations lecture de l’été 2026

Des road trips aux quatre coins du monde, un essai sur notre rapport aux jeunes ou encore une immersion à Oxford en 1828 : comme chaque année l’équipe de Médianes vous partage sa sélection de lectures pour passer l’été.

Alors que plusieurs maisons d’édition indépendantes ont appris le mois dernier que leur distributeur menaçait de faire faillite, nous avons plus que jamais besoin de soutenir le monde de l’édition. Chez Médianes, on aime les revues — vous le savez —, mais l’été a ceci de précieux qu’il laisse le temps de se plonger aussi dans un bon livre.Pour enrichir le vôtre, les membres de notre équipe vous ont sélectionné des livres et des essais (édités par certaines de ces maisons en difficulté mais pas seulement).

Le Jour Zéro (Hadrien Klent, Le Tripode)

« À la suite d’une tempête solaire hors norme, tous les appareils électroniques de la planète ont grillé. […] À l’échelon local comme à la tête de l’État, la même question revient : et si c’était l’occasion inespérée de nous réinventer ? » Dans ma valise cet été, il y aura de nouveau les contes philosophiques d’Hadrien Klent aux éditions du Tripode.

Dans Paresse pour tous (2021) et La Vie est à nous (2023), on pouvait déjà suivre l’utopie réaliste d’un économiste de gauche qui réduit à trois heures le temps de travail par jour et permet à chacun·e de redécouvrir le bonheur de vivre. Dans Le Jour Zéro (2026), Klent nous permet d’imaginer une société post-capitaliste où les ordinateurs, les avions, les portables ne fonctionnent plus…et où on peut finalement tout réimaginer.

Marine Doux, cofondatrice, directrice éditoriale

Passer à table (Emilie Laystary, éditions Divergences)

Manger est un acte quotidien, essentiel, presque anodin pour beaucoup. Pourtant, ce geste dit beaucoup de notre société, notre identité et notre rapport au monde – surtout en France, pays dont la culture culinaire arrogante domine largement les autres.

Si vous êtes en vacances en train de déguster des plats que vous méconnaissiez jusqu’alors ou que vous profitez d’un peu de temps libre et d’une douce soirée d’été pour convier vos ami·es à dîner, Passer à table vous parlera forcément.

PS : sur le même thème, si vous souhaitez aller plus loin, on m’écrit en commentaire qu’il y a cet excellent livre, Mangeuses. Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l’excès de Lauren Malka (éditions Les Pérégrines).

Agathe Kupfer, responsable de l’impact

Loi Duplomb, le débat confisqué — Alerte aux fausses informations sur la santé et l’environnement (Philippe Grandcolas, éditions du faubourg)

La Loi Duplomb est l’incroyable exemple d’un double déni : déni de science et déni de démocratie. De nombreuses fausses informations ont circulé lors de débats confisqués au Parlement.

Dans la foulée de la pétition citoyenne, Loi Duplomb, le débat confisqué ambitionne de rétablir la vérité et de défendre vraiment les agriculteurs. Les données scientifiques sont formelles : la loi ne sert pas le bien commun, elle favorise une minorité d’exploitations et nous expose à des dangers indéniables.

Toxicité de l’acétamipride et des néonicotinoïdes, rôle des agences publiques telles que l’Anses et l’OFB… Derrière les débats passionnés se jouent des enjeux sanitaires, environnementaux et démocratiques.

Élise Garnier, stagiaire chargée de la communication

La passe-miroir (Christelle Dabos, éditions Gallimard)

Le monde s’est cassé. Ou a été cassé. L’humanité est désormais séparée en différents espaces et en différentes factions issues de branches familiales, où chacune possède des capacités différentes. Une jeune femme y cherche sa place et essaye de comprendre le monde dans lequel elle vit. Dans cette série de 4 romans fantastiques se mêlent mystères, pouvoirs étranges, rivalités de clans, et réflexion sur l’autorité.

Pour ma part, c’est avec un appétit rare et tenace que j’ai lu ces livres à la faveur de l’été. Le désir de comprendre ce qui se trame, le plaisir de regarder les situations évoluer et se dénouer, m’a réconciliée une fois encore avec la joie de lire sur papier.

Christelle Perrin, cofondatrice, directrice du design

Promesses et utopies. Une anthologie des manifestes du web (sous la direction de Loup Cellard, éditions B42)

On a parfois la sensation qu’une certaine idée d’Internet et du web est en train de s’éteindre. Comme si ces espaces avaient perdu ces dernières années leur dimension démocratique et leur capacité à faire émerger des communautés indépendantes.

Dans Promesses et utopies. Une anthologie des manifestes du web, le chercheur Loup Cellard a rassemblé 29 textes, toutes époques et communautés confondues, pour nous proposer une plongée dans les archives d’Internet… et nous redonner de l’espoir et des moyens d’agir pour se réapproprier les outils et infrastructures du web.

PS : Loup Cellard est également co-directeur, avec Guillaume Heuguet, de Au-delà de l’idéologie de la Silicon Valley (Audimat éditions, Tèque 4). Un recueil qui creuse les dimensions souvent négligées de l’idéologie de la tech états-unienne : capital-risque, influences religieuses, coloniales et néo-darwinistes, visions contre-utopiques de l’avenir… À découvrir au catalogue de la maison Audimat.

Marine Doux, cofondatrice, directrice éditoriale

Babel (Rebecca F. Kuang, éditions De Saxus)

Canton, 1828. Robin Swift est arraché à Canton, sa ville natale, par un professeur de linguistique anglais. Alors qu’il rejoint le prestigieux Institut royal de traduction de l’Université d’Oxford, plus connu sous le nom de Babel, il découvre un nouveau monde entre espionnage, géopolitique et magie. Ici le pouvoir vient des mots et de leur sens. À ses côtés, nous découvrons un univers où le quotidien de jeunes étudiant·es en langue est façonné par un Empire britannique impérialiste. Un empire écrasant, exploitant.

Dans Babel, ce qui marque d’abord, c’est le sens du détail de l’autrice pour planter ses décors, on sent chaque lieu, chaque ambiance, chaque ressenti. Oxford est parfois chaleureuse, parfois meurtrière, parfois révolutionnaire. Derrière ces décors, une charge sans complaisance contre l’impérialisme.

Dorine Planté, responsable de l’accompagnement

Teen Spirits (Lennie Stern, éditions de l’Aube)

À chaque époque, la jeunesse inquiète. Les ado­les­cents d’aujourd’hui n’échappent pas à la règle, décrits comme repliés sur eux-mêmes, hypnotisés par leurs écrans, incapables d’attention soutenue ou d’engagement réel. Malentendu profond. Car si l’incompréhension entre générations a toujours existé, elle se joue aujourd’hui sur un terrain inédit : celui d’une époque en profondes mutations, où ce qui est pris pour une perte de sens correspond en réalité à une autre manière d’en produire.

Lennie Stern s’intéresse dans Teen Spirits à ce décalage et propose un autre regard. Les adolescent·es ne parlent pas moins. Ils parlent autrement. Stories, messages vocaux, silences, emojis, vidéos partagées sans commentaire. Ces gestes composent une grammaire précise, efficace et largement invisible à ceux qui continuent d’attendre du langage ce qu’il n’est plus chargé de produire. À partir d’exemples concrets, sans condescendance ni nostalgie, ­l’auteure montre comment la jeunesse transforme les manières d’être ensemble, de maintenir des liens et de s’engager dans le monde. Transformations qu’il nous faut accepter de lire autrement.

Hâte d’ouvrir ce livre et dénouer les idées reçues autour « des jeunes », trop souvent présentés comme un tout qu’il s’agit de décrypter.

Julia Lasry, consultante éditoriale et marketing

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (Philippe Delerm, éditions Gallimard)

Trente-quatre textes de deux ou trois pages, consacrés à un geste, une situation ou une sensation. Celui d’apprendre une nouvelle à la radio, dans la voiture, « comme si on découvrait la réalité d’un lieu qu’on n’avait pas envie de connaître ». La douceur d’être invité par surprise, quand nos plans du soir volent en éclats par un « Tu dînes avec nous ? Mais alors simplement, à la fortune du pot ». Ou encore ces rares, très rares fois, où l’on ose franchir le cap : commander le banana-split au restaurant.

Tout y est observé, regardé de près, avec une attention rare pour ce que le quotidien a de plus fugace.

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules est un livre qui se lit et se relit, un texte à la fois, et qui donne surtout envie de reprendre l’exercice à son tour : repérer, noter, ses propres plaisirs minuscules du quotidien. Des récits qui rappellent que regarder les choses avec un peu de poésie fait, tout simplement, du bien.

Sixtine Yung, cheffe de projets

👀 Vous n’avez pas trouvé votre bonheur ? Vous pouvez retrouver nos précédentes recommandations lectures sur ce lien, et aller jeter un coup d’œil aux catalogues de nombreuses maisons d’édition indépendantes qui sont répertoriées sur ce site qui regroupe des dizaines d’entre elles.